Des missions d’investisseurs à la coordination du secteur des engrais et à l’intégration de la jeunesse, le parcours documenté du consultant togolais révèle une carrière fondée sur la mise en relation des institutions, des marchés et des priorités agricoles.
Un trait d’union entre plusieurs univers
Lambert Dameto Nayante est le plus souvent présenté non comme un responsable occupant le devant de la scène, mais comme un intermédiaire : un homme évoluant à la croisée des affaires, de l’agriculture et de la coopération régionale. Une série de portraits publiés le 11 août 2026 par six médias africains le décrit comme un facilitateur reliant le Togo à des investisseurs et à des institutions établis ailleurs en Afrique et en Europe.
Cette représentation appelle toutefois une certaine prudence. Plusieurs de ces articles emploient des formulations voisines, et leurs appréciations élogieuses ne sauraient tenir lieu de confirmations indépendantes. Au-delà de cette tonalité promotionnelle, on dispose néanmoins de plusieurs éléments publics et vérifiables sur son parcours. Économiste formé en Allemagne, Nayante a été conseiller chargé du secteur industriel à la Chambre de commerce et d’industrie du Togo. En 2020, Togo First le présentait également comme président-directeur général du groupe Calafi, consultant international et président du Club international des entrepreneurs germano-africains.
Des contacts au service du dialogue agricole
Son action prend une forme plus concrète en février 2023, lorsqu’une délégation d’entrepreneurs allemands rencontre les dirigeants de Calafi au Togo afin d’examiner des possibilités d’investissement agricole. Selon Togo First, les discussions portent sur le soja biologique, la production d’ananas, les zones d’aménagement agricole planifiées, les agropoles, l’irrigation, l’aménagement des terres et la mécanisation.
Nayante souligne alors que les mécanismes de financement devraient accompagner les efforts publics visant à rendre l’agriculture plus attrayante pour les jeunes. La délégation allemande, conduite par Andreas Bonacina, dirigeant d’Investic Holding, fait part de son intérêt pour l’apport de technologies et de machines susceptibles d’accroître la productivité et la résilience de l’agriculture togolaise.
Les sources consultées ne permettent pas d’identifier d’investissement effectivement réalisé à la suite de cette rencontre. Sa portée est donc plus limitée, mais elle n’en demeure pas moins pertinente : cet épisode illustre la manière dont Nayante et Calafi ont créé un espace où les intérêts des investisseurs étrangers et des entreprises locales pouvaient être mis en regard des priorités agricoles nationales.
Un agenda régional pour les engrais
Le rôle régional actuel de Nayante est mieux documenté par la West African Fertilizer Association. La WAFA le présente comme directeur général de Calafi SARL et Secrétaire à l’Intégration de la Jeunesse, chargé de favoriser l’accès des jeunes à la formation, à l’entrepreneuriat et aux perspectives offertes par l’agriculture.
La WAFA indique également qu’il a représenté l’association lors d’un atelier régional de l’UEMOA organisé à Lomé les 9 et 10 octobre 2025. Les participants y ont étudié la création d’une centrale régionale d’achat d’engrais, l’interconnexion de pôles industriels et logistiques, l’harmonisation des règles commerciales et une transformation locale accrue des ressources phosphatières ouest-africaines. Nayante y a défendu une approche intégrée associant recherche, production, distribution et renforcement des capacités.
Ces enjeux sont loin d’être abstraits. Un accès plus fiable aux engrais influe sur les rendements, les prix alimentaires et la capacité des petits producteurs à planifier leur activité au-delà d’une seule campagne. Relier cet agenda à l’intégration de la jeunesse répond à une autre difficulté majeure : la modernisation agricole restera fragile tant que les jeunes agriculteurs et entrepreneurs ne pourront pas acquérir les compétences, obtenir les intrants et accéder à des débouchés commerciaux viables.
La diplomatie et les limites de la preuve
Plusieurs portraits publiés en août qualifient Nayante de diplomate économique informel. L’un d’eux, paru dans Le Réveil Africain, va plus loin en lui attribuant un rôle en coulisses dans la mobilisation du soutien ouest-africain à la candidature de l’Eswatinien Moses Vilakati lors des élections de la Commission de l’Union africaine en 2025.
L’Union africaine confirme que Vilakati a été élu, le 12 février 2025, commissaire chargé de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable, avant de prendre ses fonctions le mois suivant. Toutefois, aucun document officiel de l’UA ni aucune source indépendante examinée pour cet article ne confirme l’intervention de Nayante dans cette campagne. Cette affirmation doit donc demeurer explicitement attribuée au Réveil Africain et ne pas être présentée comme un fait établi.
La réputation à l’épreuve des résultats
Le portrait le plus solidement étayé de Nayante est celui d’un intermédiaire pragmatique intervenant au point de rencontre entre agriculture, investissement privé et institutions régionales. Son action se mesurera véritablement à des résultats concrets : les missions d’investisseurs débouchent-elles sur des financements et des transferts de technologie ? La coopération sur les engrais réduit-elle la vulnérabilité des approvisionnements ? Les programmes destinés aux jeunes créent-ils des moyens de subsistance durables ?
Ce critère est moins spectaculaire que les discours sur l’influence, mais il est bien plus déterminant. Pour le Togo et l’Afrique de l’Ouest, les passerelles n’ont de valeur que lorsque les personnes, les capitaux et les connaissances peuvent réellement les emprunter.
Note sur les sources : Cet article original synthétise les publications parues le 11 août 2026 dans Continental Africanews, Afrique Actualité, Le Réveil Africain, Ouest Actu, AfrikTimes et Afrique Libre. La proximité de leurs formulations laisse penser à une vague éditoriale coordonnée plutôt qu’à six confirmations indépendantes. Les éléments vérifiables ont été recoupés avec le portrait publié par Togo First en 2020, son article consacré à la délégation allemande de février 2023, l’annuaire des membres de la WAFA, le compte rendu de la WAFA sur l’atelier UEMOA de 2025 et le communiqué de l’Union africaine sur la nouvelle Commission.
